Rencontre à Toronto : “j’ai l’impression que c’est Oprah Winfrey”

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Mon engagement au Trappy Blog m’a permis de participer à un programme de mobilité international autour de l’entrepreneuriat qui m’a été proposé par Monsieur Olivier Vandard, délégué du gouvernement à Trappes. Je suis à Toronto du 28 mars au 11 avril accompagné de 14 jeunes de 22 à 31 ans, de 4 régions de France. L’objectif du voyage, transmettre la fraîcheur de l’esprit entrepreneurial à des jeunes français des quartiers populaires. Tous les 3 jours, j’écrirais un article sur cette superbe expérience.

J’arrive à Toronto le 28 mars à 16h. Le climat est tempéré, le froid n’est pas aussi agressif qu’escompté. Les services de l’aéroport sont proposés en français et en anglais. Ce n’est qu’un début. Toronto est particulièrement cosmopolite. Plus de 130 langues y sont parlées et une bonne partie de la population est immigrée ou issue de l’immigration. C’est l’Amérique.

Je suis au Cananda, dans l’Ontario. Et pourtant, je monte dans un vieux bus scolaire américain, jaune. Il y a 1 heure de route entre l’aéroport et l’hôtel situé dans le centre de la ville. Je cesse de prendre des notes et observe le paysage. L’autoroute, des usines, des magasins et des briques rouges… Tôt le lendemain matin, décalage horaire oblige, je m’en vais vagabonder dans le “downtown” mais pas trop loin. Il y a quelques 4×4 GMC, de grands buildings et les feux tricolores à l’américaine, en hauteur au-dessus de la route. Je suis pour la première fois au Canada, mais j’ai déjà visité deux fois les États-Unis. Du coup je ne suis plus vraiment exalté. Comme toutes les grandes villes du monde, quelques SDF sur le côté, les gens sont correctement habillés pour aller au travail, la démarche droite et rapide, café à la main, ils vont et viennent sans prêter attention à ce qui se passe autour d’eux : la routine, déjà.

Léonie, femme d’influence

Franchement tout était morne. Marcher dans une grande ville américaine avec quelques lumières, buildings et bagnoles ne m’impressionne pas, ou plus. L’étonnement philosophique vint d’ailleurs, là ou je ne m’y attendais pas, de la rencontre avec cette femme : Léonie. Je n’ai jamais rencontré une femme aussi forte, charismatique et inspirante. Quelqu’un de vivant, accessible, en face de moi. Elle va changer le cours de ma vie. Ce n’est pas un film sur un grand personnage, ce n’est pas une biographie sur un grand esprit du siècle, ce n’est pas une vidéo Youtube sur un “successful” homme d’affaire américain, c’est une femme, réelle, assise devant moi.

Elle est arrivée du Cameroun à l’âge de 16 ans pour faire ses études. Léonie rejoint alors sa sœur et s’installe à Toronto. Elle vient d’une famille privilégiée, et pourtant l’intégration dans le Toronto des années 90 a été une bataille permanente. “En tant qu’immigrante, femme et noire, ça n’a pas été évident.” se remémore-t-elle. Elle s’exprime très bien en français et en anglais, avec un léger accent parfumé. Elle crée en 1993 Passerelle IDE (intégration et développement économique), une association qui travaille notamment pour l’intégration des immigrés francophone en Ontario, le respect de la diversité, le développement économique de la région, la préservation de la culture franco-ontarienne et plus généralement l’engagement civique. Dans les locaux de la passerelle, j’ai d’ailleurs eu la chance de pouvoir discuter avec un immigré fraîchement arrivé du Burundi.

Pour la première fois, je voyais l’incarnation des expressions comme “empowerment”, “féminisme”, “black leader”, “leadership” et “businesswoman.” Et tout cela dans la plus grande paix et sérénité. Reste le coté businesswoman américain, très marquant “you know”. “Quand vous avez un projet, synthétisez et allez droit au but”, conseille-t-elle. J’entends un chuchotement dans l’assemblée : “j’ai l’impression que c’est Oprah Winfrey”. Je ne connais pas bien Oprah Winfrey, mais ce chuchotement m’apprend que mon sentiment est largement partagé.

Son histoire personnelle, son immigration, sa lutte et son travail tout est pour moi source d’inspiration. ” Essayez d’avoir l’esprit ouvert, rien n’est impossible. Nous ferons le maximum pour vous faire rencontrer les bons interlocuteurs”. Malgré toutes ses luttes, Léonie reste paisible dans son comportement et dans ses propos. Elle galvanise l’assemblée, sans hausser le ton. Tous les regards sont fixés sur elle. Tout le monde écoute. ” Devenez Canadien durant ses deux semaines. Nous allons vous accompagner comme si vous deviez vous installer ici “. Assis sur ma chaise à l’écouter, la force douce de son discours me donnait l’impression d’avoir l’importance d’un joueur du Real de Madrid à la mi-temps d’un match. Durant un moment, j’avais oublié que j’étais du quartier, j’avais oublié mes difficultés du quotidien. En fait, j’avais tout oublié sauf qu’il était possible de conquérir le monde en commençant petit. Si demain, je devais quitter Toronto ce ne serait pas bien grave. J’aurais déjà trouvé ce que j’étais venu chercher.
La suite de mon road-trip coming soon…

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Infos de l'auteur

Makan Fofana

Habitant du quartier du Bois de l'Etang à La Verrière, ancien étudiant à la Sorbonne Nouvelle en Licence Langue Littérature et civilisation, écrivain à mes heures perdues, amateur de philosophie, de spiritualité et du monde de l'entreprise. A travers ce blog je souhaite favoriser de nouvelles initiatives dans le quartier.