Une journaliste a déformé mes propos

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Une journaliste du parisien 78 a souhaité découvrir le projet du Trappy Blog. L’idée était attrayante et nécessaire à une structure comme la nôtre. D’autant plus que le Trappy Blog a vocation à faciliter les rencontres entre ses blogueurs et les journalistes professionnels. C’est ainsi que je rencontre cette journaliste pour la première fois lors d’une de nos conférences de rédaction. Suite à cette première rencontre elle décide de publier un article sur notre initiative et de faire le portrait de quelques blogueurs. J’en fait partie. C’est toujours excitant de se voir apparaître dans les médias, cela rajoute un peu de strass et de paillette à la vie monotone que je mène.
L’entretien se déroule dans mon quartier, au bois de l’étang à La Verrière. Assis sur un banc près d’une zone de jeux pour enfants, je réponds à ses questions et lui raconte mon histoire. Tout semble se passer pour le mieux dans le meilleure des mondes. Cependant je ne me doute pas de ce qu’il se trame ou plutôt je ne me doute pas de la différence culturelle qui existe entre elle et moi. L’article, tel que je le lis une fois publié, ne correspond pas du tout à l’idée que je souhaitais véhiculer. C’est même le contraire. Ce qui était naïvement pour moi un échange entre un vrai journaliste et un apprenti journaliste sensé partager une histoire et des sentiments

s’est transformé en un article politique, à charge, biaisé. Je ne me retrouve, mais alors pas du tout, dans ce qui est écrit, dans ce que je suis censé penser du quartier. Par rapport à ce qui a été publié, je pense le contraire.
Je lui ai dit que j’aimais écrire sur l’islam. C’est d’ailleurs simple à voir, mes articles sont disponibles sur le Trappy Blog. Je lui ai également dit que dans mon quartier l’islam avait évolué. Que lorsque j’étais jeune il y avait moins de jeunes filles et de jeunes garçons qui pratiquaient cette religion par rapport à aujourd’hui. Ca lui pose peut-être un problème, ou ça pose peut-être un problème à son employeur, à ses lecteurs. Mais pas à moi. Jamais je n’ai dit que “le virage radical pris par la mosquée de La Verrière (m)‘inquiète”. Tout simplement parce que je ne le pense pas. Jamais je n’ai dit que “l’islam qui attire les jeune se met en porte-à-faux avec la société”. Ce ne sont pas mes mots, ce n’est pas le type de vocabulaire que j’utilise.
L’article montre une image caricaturale des jeunes de quartier, remplie de préjugés. Au contraire, je suis au Trappy Blog pour apporter de la nuance, pour montrer les différences de parcours des jeunes du quartier, et pour montrer que l’islam n’est pas tel qu’on le montre dans les médias.
J’ai eu la journaliste au téléphone car je souhaitais m’entretenir avec elle de la tournure qu’avait pris son reportage. Elle me dit qu’elle ne pouvait pas faire l’impasse sur la problématique de la “radicalisation”. Mais suis-je obligé, dés que je m’exprime, d’être associé à la “radicalisation”? Est-il possible que l’on parle de moi, du quartier, de mes amis, de ma famille, sans parler de “radicalisation”? Dois-je être renvoyé constamment à ce seul élément médiatique?. Elle m’a dit que c’est ce qui était ressorti de mon entretien avec elle. Mais comment se fait-il que ce qui ressort de notre entretien soit l’opposé de ce que je pense ? Au terme de notre échange téléphonique, je pense qu’il lui a semblé trés intéressant qu’un jeune issu des quartiers, ayant en plus étudié la langue arabe à l’université, dénonce lui même “la radicalisation”.
Comment expliquer cela ? Je ne souhaite pas attaquer personnellement cette journaliste. Mais son travail ne reflète pas la personne que je suis, ni les idées qui sont les miennes. J’ai l’impression de m’être fait instrumentaliser. Les mots, les paroles qui me sont attribués ne reflètent pas ma pensée. Ils reflètent celle de la journaliste, ou bien celle du journal qui l’emploie.
C’est pour cette raison que les jeunes de quartier ne veulent plus, depuis longtemps, parler aux journalistes. Si les journalistes ne viennent pas pour écouter, pour retranscrire, pour essayer de comprendre et pour respecter les idées de leurs interlocuteurs, comment voulez-vous que le courant passe ? Si les journalistes viennent avec leur idées préconçues, ou pire, comme nous en avons déjà fait l’expérience au Trappy Blog, en mission commandée pour faire un article bourré des clichés qui plaisent à leurs lecteurs, il n’y aura pas de dialogue possible entre journalistes et jeunes de quartiers. D’ailleurs le dialogue est déjà rompu.
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Infos de l'auteur

Makan Fofana

Habitant du quartier du Bois de l'Etang à La Verrière, ancien étudiant à la Sorbonne Nouvelle en Licence Langue Littérature et civilisation, écrivain à mes heures perdues, amateur de philosophie, de spiritualité et du monde de l'entreprise. A travers ce blog je souhaite favoriser de nouvelles initiatives dans le quartier.